Une visite libre à pied de la vieille ville de Bern, classée à l'UNESCO
Art et cultureMay 10, 202610 min de lecture

Une visite libre à pied de la vieille ville de Bern, classée à l'UNESCO

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Peu de capitales européennes sont aussi compactes, aussi faciles à parcourir à pied et aussi bien conservées que Berne. La capitale suisse occupe une étroite presqu'île dans une boucle de l'Aar, et cette géographie l'a façonnée pendant plus de huit siècles : la ville ne pouvait s'étendre qu'en longueur, elle a donc grandi en rangées ordonnées de maisons de grès, d'arcades couvertes et de fontaines disposées à intervalles réguliers le long des rues principales.

Il en résulte une vieille ville qui a très peu changé depuis le Moyen Âge, et qui se comprend le mieux à pied. Ici, rien n'est loin de rien. En une demi-journée, vous pouvez aller de la gare à la rivière, monter au clocher d'une cathédrale, fouler le lieu où Einstein a élaboré la théorie de la relativité restreinte et contempler toute la ville depuis une roseraie sur l'autre rive.

Voici un parcours en autonomie à travers la vieille ville de Berne, inscrite au patrimoine mondial, dans l'ordre où les rues vous mènent naturellement.

Pourquoi la vieille ville de Berne est classée à l'UNESCO

La vieille ville de Berne a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1983. La justification ne porte pas sur un monument isolé mais sur l'ensemble : un plan urbain médiéval parvenu intact, reconstruit en grès après le grand incendie de 1405 et étendu vers l'ouest par étapes clairement lisibles.

Ce qui frappe, c'est la cohérence. Le tracé des rues, les arcades, les fontaines et la ligne des toits appartiennent à une même et longue conversation architecturale. Parcourir la vieille ville d'un bout à l'autre revient à traverser la croissance de la cité du XIIe au XVIe siècle.

C'est aussi un centre-ville vivant et non un quartier muséifié. Les arcades sont pleines de commerces, les trams le traversent et le gouvernement fédéral suisse siège à l'une de ses extrémités.

Avant de partir

Quelques remarques pratiques rendront la promenade plus agréable.

  • L'itinéraire ci-dessous fait environ 2,5 kilomètres d'un bout à l'autre et demande deux à quatre heures selon la fréquence des arrêts.
  • Il descend presque tout du long depuis la gare jusqu'à la rivière, puis remonte si vous terminez à la Roseraie.
  • Les pavés sont irréguliers par endroits : de bonnes chaussures comptent plus que la courte distance ne le laisse croire.
  • Les arcades vous gardent au sec sous la pluie, ce qui fait de ce parcours une valeur sûre par mauvais temps.
  • La promenade est presque entièrement gratuite ; seuls la tour de la cathédrale et les musées sont payants.

Commencez à la gare de Berne, à l'extrémité ouest de la presqu'île.

1. La Bahnhofplatz et l'église du Saint-Esprit

Juste devant la gare se dresse l'église du Saint-Esprit, l'un des édifices protestants les plus importants du XVIIIe siècle en Suisse. Son intérieur sobre est une bonne introduction à l'histoire de la Réforme, qui a façonné Berne autant que n'importe quel bâtiment d'ici.

Depuis la place, partez vers l'est par la Spitalgasse. Vous êtes désormais sur l'axe principal de la vieille ville et vous le suivrez, sous différents noms de rue, presque jusqu'à la rivière.

2. Les arcades

La première chose que l'on remarque, c'est que l'on marche à couvert. Les arcades de Berne s'étendent sur près de six kilomètres, ce qui en fait l'une des plus longues promenades commerçantes couvertes d'Europe.

Ce n'est pas un confort moderne. Les arcades sont nées de l'extension des rez-de-chaussée des maisons de marchands au-dessus du trottoir, créant un espace de commerce abrité qui élargissait aussi la rue utile. Repérez les portes de cave inclinées dans le pavé : elles ouvrent sur des caves voûtées qui entreposaient jadis des marchandises et abritent aujourd'hui bars, théâtres et petites boutiques.

  • Spitalgasse, Marktgasse et Kramgasse forment la portion principale continue.
  • Les ruelles latérales comme la Münstergasse sont plus calmes et souvent plus évocatrices.
  • Les arcades se révèlent sous la pluie ou par grand soleil, quand le contraste d'ombre et de lumière est le plus net.

3. La Käfigturm

Là où la Spitalgasse devient la Marktgasse, vous passez sous la Käfigturm, la tour des Prisons. Elle marquait la porte occidentale de la ville au XIIIe siècle, avant que Berne ne s'étende au-delà, et servit ensuite de prison, d'où son nom.

Sa position mérite qu'on s'y arrête : chaque fois que vous passez sous l'une de ces tours, vous franchissez la ligne d'une enceinte antérieure. Les tours de Berne sont les bords fossilisés d'une ville qui n'a cessé de se dépasser.

4. La Zytglogge

Quelques centaines de mètres plus à l'est se dresse la Zytglogge, la tour de l'horloge de Berne et le bâtiment le plus photographié de la ville.

Comme la Käfigturm, elle fut d'abord une tour-porte, laissée à l'intérieur de la ville à mesure que Berne grandissait. Son horloge astronomique date du XVIe siècle et fonctionne toujours. Quelques minutes avant chaque heure, une petite procession mécanique — un coq qui chante, un défilé d'ours, un bouffon — s'anime sur la face est.

Arrivez quatre ou cinq minutes en avance et placez-vous du côté est, sur la Kramgasse, pour bien voir la séquence. Elle est brève et facile à manquer.

Des visites guidées du mécanisme sont proposées régulièrement, mais les places sont limitées et doivent être réservées ; vérifiez les horaires en vigueur avant d'organiser votre journée autour de l'une d'elles.

5. La Kramgasse et la maison d'Einstein

La Kramgasse, immédiatement à l'est de la Zytglogge, est la plus belle rue de Berne : large, bordée d'arcades et ponctuée de fontaines en son milieu.

Au 49 de la Kramgasse, Albert Einstein loua un appartement au deuxième étage entre 1903 et 1905, alors qu'il était employé au Bureau fédéral des brevets. C'est là, durant ce que l'on appelle son année miraculeuse, qu'il publia les articles comprenant la théorie de la relativité restreinte. L'appartement est aujourd'hui un petit musée meublé d'époque.

Depuis la rue, l'immeuble n'a rien de remarquable, et c'est précisément l'intérêt. Einstein était un jeune fonctionnaire inconnu vivant dans un appartement ordinaire au-dessus d'une arcade ordinaire.

6. Les fontaines

Le long des rues principales se répartissent onze fontaines Renaissance, créées pour la plupart au XVIe siècle par le sculpteur Hans Gieng. Elles constituaient à l'origine l'alimentation en eau de la ville ; la sculpture fut ajoutée pour transformer un équipement en ornement civique.

Chaque figure porte un sens et, ensemble, elles forment une sorte de commentaire moral courant sur toute la longueur de la ville.

  • Zähringerbrunnen : un ours en armure honorant le fondateur de Berne, Berthold V de Zähringen.
  • Gerechtigkeitsbrunnen : la Justice, les yeux bandés, dominant les têtes d'un pape, d'un empereur, d'un sultan et d'un maire.
  • Kindlifresserbrunnen : la fontaine de l'Ogre, dont la figure inquiétante suscite des explications contradictoires depuis des siècles.
  • Simsonbrunnen : Samson forçant la gueule d'un lion.
  • Mosesbrunnen : Moïse tenant les tables de la Loi, sur la Münsterplatz.

L'eau des fontaines est potable, et les Bernois y remplissent leurs bouteilles tout l'été.

7. La cathédrale de Berne

Quittez la Kramgasse vers le sud par la Münstergasse et vous arrivez à la cathédrale de Berne, le Münster. Commencée en 1421 et achevée seulement en 1893, c'est la plus grande et la plus importante église de gothique tardif de Suisse.

Le portail principal porte une représentation élaborée du Jugement dernier, l'un des rares ensembles sculptés de ce type en Europe à avoir survécu presque intact à la Réforme : il fut épargné lorsque l'intérieur fut dépouillé en 1528.

La flèche est la plus haute de Suisse, à un peu plus de 100 mètres. La montée compte un peu plus de 300 marches dans un escalier en colimaçon étroit, et la vue du sommet embrasse toute la vieille ville, la boucle de l'Aar et, par temps clair, les Alpes bernoises à l'horizon.

Si vous ne payez qu'une seule chose durant cette promenade, que ce soit la tour.

8. La Münsterplattform

À côté de la cathédrale s'étend la Münsterplattform, une terrasse construite sur le mur de soutènement au-dessus de la rivière. C'est une place calme et ombragée, avec un café, un jeu d'échecs peint au sol et une vue plongeante sur l'Aar, une trentaine de mètres plus bas.

C'est le meilleur endroit du parcours pour s'asseoir un moment, et le premier où l'on saisit vraiment la géographie de la ville : la rivière n'est pas à côté de Berne, elle est en dessous, sur trois côtés.

9. Nydegg et l'Aar

Poursuivez vers l'est : la vieille ville se resserre et descend vers la rivière. C'est la partie la plus ancienne de Berne, le quartier de Nydegg, bâti autour de l'emplacement du château d'origine.

Franchissez l'Untertorbrücke, le plus ancien pont de pierre de la ville, ou le Nydeggbrücke, plus haut et mieux exposé. Sur l'autre rive se trouve le BärenPark, où vivent les ours de Berne — l'animal de ses armoiries et l'origine de son nom — dans un enclos ouvert au bord de l'eau.

En été, vous verrez des Bernois se laisser porter par le courant de l'Aar, une habitude de longue date. La rivière est rapide et froide, et cela ne s'improvise pas.

10. La Roseraie

La montée depuis le pont jusqu'à la Roseraie prend une dizaine de minutes et constitue le seul véritable effort du parcours.

L'ancien cimetière est devenu une roseraie publique et offre la vue classique sur Berne : toute la vieille ville déployée sur sa presqu'île, la flèche de la cathédrale au-dessus des toits de tuiles, l'Aar l'enserrant tout entière. La lumière de fin d'après-midi est la plus belle.

La promenade s'achève ici. Un bus redescend vers le centre si vous préférez ne pas refaire la côte.

Un petit détour : le Palais fédéral

Si vous avez le temps, le Bundeshaus — siège du gouvernement fédéral suisse — se trouve juste au sud de la Bärenplatz, à deux minutes de l'itinéraire principal, près du départ.

La terrasse arrière regarde vers le sud, par-dessus la rivière, en direction des Alpes, et la place devant accueille un marché plusieurs jours par semaine. Des visites guidées gratuites sont proposées hors sessions parlementaires ; elles doivent être réservées à l'avance.

Combien de temps faut-il compter ?

L'itinéraire se prête à plusieurs rythmes.

  • Quatre-vingt-dix minutes : la rue principale de la gare au pont de Nydegg, sans arrêt.
  • Une demi-journée : le même parcours avec la tour de la cathédrale, la maison d'Einstein et une pause sur la Münsterplattform.
  • Une journée entière : en ajoutant le Palais fédéral, l'un des musées de la Helvetiaplatz et un déjeuner sans hâte.

Pour une première visite, la plupart des voyageurs trouvent la demi-journée bien calibrée.

La meilleure période pour la parcourir

Berne se visite en toute saison, et la vieille ville change nettement de caractère au fil de l'année.

Le printemps

La Roseraie fleurit à partir de la fin du printemps et les terrasses se remplissent. Les rues sont animées sans être bondées.

L'été

Les arcades donnent de l'ombre, les fontaines servent en permanence et les berges deviennent le salon de la ville. C'est la saison la plus fréquentée.

L'automne

Sans doute la plus belle lumière de l'année pour la photographie, avec un soleil rasant sur le grès. Le marché aux oignons, fin novembre, est l'un des grands rendez-vous annuels de Berne.

L'hiver

Froid, calme et plein d'atmosphère. Les arcades prennent tout leur sens, et les marchés de Noël de la Waisenhausplatz et de la Münsterplatz animent tout le mois de décembre.

Conseils pratiques

  • Partez tôt si vous voulez des photos sans foule ; les rues principales sont calmes avant neuf heures.
  • Portez des chaussures avec lesquelles vous pourrez marcher deux heures sur des pavés.
  • Emportez une gourde et remplissez-la aux fontaines.
  • Le dimanche est le jour le plus calme, mais la plupart des commerces des arcades seront fermés.
  • La vieille ville est compacte mais pentue à son extrémité est ; le bus du retour depuis la Roseraie est une option raisonnable.
  • Achetez le billet de la tour au pied de celle-ci plutôt que de caler votre journée sur un horaire fixe.

Où faire une pause

Le parcours passe par plusieurs haltes naturelles, et en intégrer une ou deux l'améliore sensiblement.

  • La Münsterplattform, pour un café avec vue sur la rivière.
  • Les terrasses de la Bärenplatz, centrales et animées, idéales pour observer les passants.
  • Le Kornhauskeller, ancienne cave voûtée de grenier sous la Kornhausplatz.
  • Le chemin de berge sous Nydegg, tranquille et presque toujours désert.

En résumé

Berne est souvent traitée comme une étape entre Zurich, Interlaken et Lausanne, et elle pâtit de la comparaison : pas de lac, pas de montagne célèbre, pas de monument unique capable de porter une carte postale à lui seul.

Ce qu'elle possède, c'est la cohérence. Très peu de villes de cet âge ont conservé leur plan médiéval aussi intégralement, et presque aucune ne l'a gardé comme centre vivant plutôt que comme quartier préservé. Parcourir la vieille ville d'un bout à l'autre, de la gare à la rivière, est la façon la plus claire de voir comment une ville européenne a réellement grandi : par étapes, autour d'une rivière, une rangée de maisons de grès à la fois.

Cela prend une demi-journée, ne coûte presque rien, et constitue la meilleure introduction qui soit à la capitale suisse.

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